
1944 – 2026
Gilles Desheulles appartient à cette génération de pilotes français pour lesquels la moto ne se résumait pas à une seule discipline. Vitesse, endurance, enduro, rallye-raid, Tour de France Moto et finalement Paris-Dakar : « Tonton », comme le surnommaient ses proches, a touché à presque tout ce que la compétition moto pouvait offrir dans les années 1970 et 1980. Originaire de la région parisienne, il fait partie de la célèbre « bande de Maisons-Alfort », un groupe de passionnés qui va donner plusieurs grands noms à la moto française : Gilles Husson, Philippe Vassard, Thierry Tchernine, Gérard Choukroun et bien d’autres. Desheulles devient notamment l’un des compagnons de route de Philippe Vassard. Les deux hommes vont former pendant plusieurs années un équipage particulièrement efficace en endurance et dans les rallyes africains.

Avant même la naissance du Paris-Dakar, Gilles Desheulles s’intéresse déjà au rallye-raid. En 1976 et 1977, il participe au spectaculaire Rallye Côte d’Ivoire – Côte d’Azur, une épreuve qui préfigure les grands rallyes africains. Une photographie d’époque montre notamment Desheulles aux côtés de Philippe Vassard, Christian Rayer et de l’équipe Yamaha. Cette expérience africaine va lui être précieuse quelques années plus tard lorsque Thierry Sabine lance le premier Paris-Dakar. Mais Desheulles est également un pilote d’endurance confirmé.
Gilles Desheulles et Philippe Vassard vont régulièrement faire équipe dans les grandes épreuves françaises et européennes.
Pour le 39e Bol d’Or, les deux hommes sont associés sur une Didier Sport 1000. Ils connaissent malheureusement l’abandon après seulement 40 tours. Mais leur association va se poursuivre.
En 1976, ils retrouvent le Bol d’Or, cette fois au guidon d’une BMW 960. Ils accomplissent 386 tours mais ne sont pas classés.
Nouvelle participation en 1977, avec une Kawasaki 998. Cette fois, ils terminent 10es, avec 676 tours et plus de 2 866 kilomètres parcourus.
Le duo réalise une très belle performance aux 24 Heures de Montjuïc, en Espagne. Sur une Kawasaki, Desheulles/Vassard terminent 8es, dans une course remportée par Christian Léon et Jean-Claude Chemarin sur Honda officielle.
En 1980, Desheulles et Vassard se retrouvent encore associés sur une Kawasaki privée. Ils réalisent une remarquable 5e place aux 24 Heures du Mans, un résultat particulièrement significatif face aux équipes officielles et semi-officielles de l’époque.
Le Tour de France Moto est certainement l’une des épreuves qui a le mieux correspondu au tempérament de Gilles Desheulles. À l’époque, cette compétition mélangeait véritablement tout ce que le pilote pouvait aimer : routes ouvertes, courses de côte, circuits et spéciales.

En 1977, Desheulles réalise une magnifique performance. Au guidon d’une Honda, il termine 2e du classement général, derrière Maurice Chomat. Il aurait même pu remporter l’épreuve sans une erreur qui lui coûte très cher au classement. Le podium est : 1. Maurice Chomat – Honda
2. Gilles Desheulles – Honda
3. Alain Vial – Kawasaki L’épreuve, partie de Haguenau, arrive à Niort après une semaine particulièrement difficile, marquée notamment par la pluie et la neige.
Deux ans plus tard, Desheulles confirme son talent. Le Tour de France Moto 1979 est remporté par Jean-Claude Geneletti devant Philippe Vassard et Gilles Desheulles, tous deux sur Honda. Desheulles termine donc 3e du Tour de France 1979. Son palmarès au Tour de France Moto est particulièrement parlant : 1977 : 2e1979 : 3e Le classement historique de l’épreuve confirme ces deux podiums.
Lorsque Thierry Sabine organise le premier Paris-Dakar, Gilles Desheulles est naturellement de la partie. Il prend le départ en 1979, première édition de l’épreuve, au guidon d’une Honda 250 XLS. Cette première aventure africaine se termine malheureusement par un abandon. Mais Desheulles vient d’entrer dans l’histoire : il fait partie des pionniers ayant participé au tout premier Paris-Dakar.
Pour la deuxième édition, Desheulles change de monture. Il délaisse Honda pour une KTM 240 GS, avec laquelle il prend le départ du Dakar 1980. Cette fois, il va jusqu’au bout.
24e du classement général moto Il partage notamment l’aventure avec Philippe Vassard, les deux hommes faisant partie des représentants KTM de cette édition.
En 1981, Gilles Desheulles revient chez Honda. Il pilote une Honda XLS 500, numéro 87. Le Dakar est extrêmement difficile et Desheulles doit abandonner. Mais il va néanmoins laisser son nom dans les statistiques de l’épreuve. Lors de la 6e étape, Tit-Gao, longue de 540 kilomètres, Gilles Desheulles remporte la spéciale. C’est une véritable victoire de prestige face aux meilleurs pilotes du moment. Honda recense officiellement cette victoire d’étape dans ses archives historiques du Dakar.

1982 constitue probablement le sommet de sa carrière africaine. Desheulles est engagé par Honda sur une XR 550, numéro 99. Cette année-là, Honda aligne une impressionnante équipe avec Cyril Neveu, Bernard Rigoni, Philippe Vassard, Patrick Drobecq et Gilles Desheulles. Et Gilles va réaliser son meilleur résultat au Dakar :
Une performance remarquable dans un Dakar qui compte alors près de 10 000 kilomètres, avec près de 6 000 kilomètres de spéciales. Cyril Neveu remporte cette édition sur Honda, devant Philippe Vassard. Desheulles fait donc partie de la formidable armada Honda qui domine alors le rallye africain.
En 1983, Desheulles repart encore avec Honda. Cette fois, il pilote une XR 550, numéro 93. Mais le Dakar va tourner au cauchemar. Il chute et casse sa fourche. Puis il se perd dans le Ténéré. Comme Philippe Vassard, il ne parvient pas à rejoindre le parcours dans les délais.
Cet épisode illustre parfaitement la difficulté des premiers Dakar : les concurrents ne disposaient pas des moyens de navigation modernes et une erreur de trajectoire dans le Ténéré pouvait rapidement devenir dramatique. La presse de l’époque relate d’ailleurs la disparition temporaire de plusieurs concurrents dans le désert, dont Desheulles et Vassard.
Pour son dernier Dakar sur deux roues, Gilles Desheulles change une nouvelle fois de constructeur. Il choisit une Husqvarna 500, numéro 5. Cette Husqvarna est une machine spectaculaire, équipée d’un énorme réservoir destiné à affronter les longues étapes africaines. Desheulles abandonne malheureusement au cours de l’épreuve. Mais son parcours à moto est désormais exceptionnel :
- 1979 Honda 250 XLS – abandon
- 1980 KTM 240 – 24e
- 1981 Honda XLS 500 – abandon + victoire d’étape
- 1982 Honda XR 550 – 13e
- 1983 Honda XR 550 – abandon
- 1984 Husqvarna 500 – abandon
Gilles Desheulles ne quitte pas pour autant le Dakar. En 1985, il passe sur quatre roues. Avec Christian Derouard, il prend le départ au volant d’un Toyota BJ45. Le classement ne sera pas favorable à l’équipage, qui abandonne. Mais Desheulles va continuer à graviter autour du Dakar et à mettre son expérience au service de ses compagnons, notamment de Philippe Vassard. Selon les témoignages consacrés à sa carrière, il participera encore au Dakar en voiture et jouera également un rôle d’analyste pour France Télévisions et La Cinq.
La vie de Gilles Desheulles ne s’est pas arrêtée à la compétition moto. Passionné d’aviation depuis le début des années 1980, il devient également pilote d’ULM et participe à des épreuves aériennes. Il s’installe finalement avec son épouse Michèle près de l’aérodrome du Petit Bois Landry, en Eure-et-Loir. Il continuera également à participer à des aventures liées au rallye et au monde de l’aviation. En 2025 encore, à 81 ans, il avait repris le guidon de sa Honda XL350 « Casque d’Or » pour participer à La Route des Légendes, qu’il avait terminée avec le sourire.
Gilles Desheulles est décédé en août 2026, à l’âge de 82 ans, avec son épouse Michèle, dans le crash de leur ULM peu après son décollage de l’aérodrome de Champrond-en-Gâtine. Une enquête du BEA a été ouverte afin de déterminer les circonstances exactes de l’accident. La disparition de Gilles Desheulles touche particulièrement le monde du rallye-raid : il appartenait à cette génération des pionniers du Dakar, lorsque l’aventure signifiait encore navigation, désert, mécanique, sable et parfois improvisation totale.
| Année | Épreuve | Machine | Résultat |
| 1975 | Bol d’Or | Didier Sport 1000 | Abandon |
| 1976 | Bol d’Or | BMW 960 | Non classé |
| 1976 | Côte d’Ivoire – Côte d’Azur | — | Participation |
| 1977 | Tour de France Moto | Honda | 2e |
| 1977 | Bol d’Or | Kawasaki 998 | 10e |
| 1977 | Côte d’Ivoire – Côte d’Azur | — | Participation |
| 1978 | 24 H de Montjuïc | Kawasaki | 8e |
| 1979 | Tour de France Moto | Honda | 3e |
| 1979 | Paris-Dakar | Honda 250 XLS | Abandon |
| 1980 | Paris-Dakar | KTM 240 | 24e |
| 1980 | 24 H du Mans | Kawasaki | 5e |
| 1981 | Paris-Dakar | Honda XLS 500 | Abandon |
| 1981 | Dakar – 6e étape | Honda | Vainqueur d’étape |
| 1982 | Paris-Dakar | Honda XR 550 | 13e |
| 1983 | Paris-Dakar | Honda XR 550 | Abandon |
| 1984 | Paris-Dakar | Husqvarna 500 | Abandon |
| 1985 | Paris-Dakar | Toyota BJ45 | Abandon |
Gilles Desheulles n’a jamais bénéficié de la notoriété d’un Cyril Neveu, d’un Hubert Auriol ou d’un Philippe Vassard. Pourtant, son parcours raconte une époque exceptionnelle de la moto française. Un pilote de vitesse et d’endurance, un amoureux du tout-terrain, un habitué des grands rallyes africains, un pionnier du Dakar et un véritable aventurier. Son histoire est aussi celle d’une génération issue de la bande de Maisons-Alfort, qui a profondément marqué la moto française des années 1970. Et pour BIKE70, il mérite largement de retrouver sa place dans la mémoire des pilotes de légende.