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Guy BERTIN

Photo Gérard Délio et Manfred Mothes

Mike Di Meglio réalise en 2008 une splendide saison en GP125 (aujourd'hui, 05/10/2008, il vient d'être sacré Champion du Monde 125 ... Bravo Mike !). Au Mans, il a fait retentir la marseillaise... 

En 1979, un autre français avait fait retentir la marseillaise en 125...

Tintin et les Tobeks

A la fin des années 70, Guy Bertin fait partie du bon pack français en GP. Des privés accrocheurs, parfois dans les points, parfois des coups d'éclat mais toujours sur le fil au niveau matériel. Une bonne TZ préparée par ses soins, un petit camion et Bertin est parti a la conquête des GP. Redoutable technicien, il assure lui même la préparation de ses TZ, Il enchaîne les places d'honneur confirmant son potentiel mais il n'assure pas à proprement parler son avenir; pour arrondir les fins de mois, il roule en endurance au bol sur des protos privés, d'abord les National moto puis les Japauto chères a M. Villaseca. Mais pour viser la victoire en GP, il lui faudrait plus de moyens. 

En 1979, rayon de soleil, il reçoit le soutien de la société Pernod. Ce n'est pas encore la grande richesse mais déjà la certitude, quand il part sur un GP, d'avoir de quoi mettre du gas-oil dans le camion pour rentrer. Mais ce soutien de pernod sera le détonateur de sa carrière. Un détonateur indirect mais un vrai détonateur! En effet, en 1979, la société Pernod très active dans le sport moto soutient aussi la 125 Motobécane de GP avec à son guidon Thierry Espié. Espié a fait un très beau début de saison, souvent près de Nieto l'épouvantail. Et puis, Espié s'est blessé. Motobécane fait alors appel a un pilote Pernod pour le remplacer, Guy Bertin. 

La suite est un grand moment de l'histoire de la moto française. Le premier GP de Bertin avec la "Tobek" est en Tchécoslovaquie, en plein mois d'août. Premier GP, victoire. Oui mais... Nieto déjà assuré du titre n'était pas au départ en tchéco font remarquer les esprits chagrins. " Quand Nieto sera là, il va en baver" répond Tintin, pas du tout impressionné. Forfanterie ? Pas du tout... Au cours de ses saisons privées middle pack, Bertin a eu le temps de s'étalonner. Il sait bien qu'à moto équivalente, il est à la hauteur. Bertin n'est pas un gamin juste sorti d'une coupe de marque, et au niveau mental, c'est du solide, un roc, comme les montagnes de sa Savoie natale. Cette année là, la saison des GP se termine au Mans. Cette fois ci, Nieto est là. Bertin aussi. Et toute la France est là autour du Bugatti pour ce qui restera un des plus beaux GP de France. Nieto qui reconnaît parfois s'ennuyer en piste, fait ses saisons a l'économie rentrant chez lui une fois le titre assuré est cette fois ci excité d'avoir un nouvel adversaire à affronter. Nieto le mercenaire redevenu le matador pour l'occasion est d'abord un joueur. a la manière du torero qui fatigue son taureau avant de lui régler son compte, Nieto aime bien jouer avec ses adversaires, les déstabiliser avant de partir cueillir la victoire. Départ, Nieto et Bertin se retrouvent devant; comme prévu, Nieto joue au chat et à la souris avec Bertin. Mais Guy le sait, il est à fond sur la Motobécane et il maintient sa pression. Pour Bertin, clairement, on n'est plus dans le jeu, on est dans le pilotage à la limite; Nieto avec ses pitreries essaye de le bluffer, lui aussi il ne peut qu'être à la limite. Nieto qui a la sortie d'un virage lâche son guidon et fait mine de resserrer sa botte en regardant Bertin... Et puis, l'incroyable se produit... Sous la pression de ce petit frenchie, Nieto s'envole... Nieto le mercenaire, le roi des petites cylindrées qui craque, va à la faute et vole au dessus de la 125Minarelli laissant Bertin s'envoler vers la victoire au guidon de la 125 Motobécane !! Au Mans, pour les motards, c'est le 1998 du foot avec 19 ans d'avance !! Bertin a tordu Nieto; Bidalot a battu Möller! ! Car derrière Nieto, il y a aussi Jorg Möller, le génial ingénieur allemand qui régente la catégorie 125 depuis 1975. En face, il y a Bidalot et sa bande de passionnés qui eux aussi se sont attaqués sans complexe a cette citadelle imprenable !  


VIDEO MOTOBECANE GRANDS PRIX 1979-1980
 film inédit, que nous a confié Jean Bidalot, sur la 125 Motobécane de Grand Prix. 
Ce film réalisé par l'usine Motobécane à été numérisé par Jean Farge. Montage Francis Boutet

Pour 1980, Bertin est bien évidemment Le pilote Motobécane et le duo Bertin-Motobécane aborde la saison avec des ambitions avouées et légitimes. Pourtant, malgré un titre possible, deux victoires dans la besace, le budget alloué à la petite équipe Motobécane reste maigre; Motobécane usine reste un petit commando. Il n'y aura pas de développement à outrance pendant l'hiver, qu'une seule moto engagée . Mais avec quel pilote ! En face, l'équipe Minarelli a bien reçu le message de la fin de saison; Nieto n'est jamais aussi motivé que face à l'adversité... Si ça passait c'était beau... Pour Bertin- Motobécane, une chute en Espagne, une rotule de sélecteur en France, une boite de vitesses souvent fragile... Une moto performante mais très exigeante en maintenance... trop de misères face à un adversaire redoutable qui a déjà dix titres mondiaux dans sa besace. Fin 1980, Nieto remporte un titre mondial de plus. Bertin et la Motobécane n'ont pas démérité mais ils sont derrière.  

Pour 1981, Guy quitte alors Motobécane pour rejoindre une nouvelle équipe en Italie, Sanvenero. Sanvenero, un fabricant de machines à bois italien qui a décidé de se lancer en GP 125 avec sa propre moto. Embauche d'ingénieurs, de techniciens, de deux pilotes, Bertin et Tormo ... La moto est bien née puisque Bertin gagne le second GP de la saison ! Ensuite, tout au long de la saison 1981, la fiabilité de la Sanvenero fera défaut. 

En 1982, Bertin reste chez Sanvenero mais surprise, il abandonne les 125 pour monter en 500. Car Sanvenero que rien n'arrête plus a décidé de se lancer en 500 avec, de même, une moto maison et en plus de Bertin, Michel Frutschi pour piloter la dite 500. Afin de coordonner tout cela, un team manager belge a été embauché fortement recommandé par Bertin. Mais à la mi saison, malgré la victoire de Frutschi en France, tout part en vrille chez Sanvenero... Divorce à l'italienne, Guy ne sa laisse pas marcher sur les pieds se fâche avec le manager, les porte claquent, les noms d'oiseaux fusent. 

Photos Manfred Mothes 


Fâché avec feu l'écurie Sanvenero mais pas avec l'Italie, on retrouve Bertin au départ en 1983 au guidon d'une autre moto italienne, la 250 MBA. La 250 MBA, évolution de la 250 Morbidelli est une moto bien née. Lega a été champion du monde avec, Graziano Rossi a remporté des GP, plus tard, Freymond a brillé à son guidon. Simplement, elle manque un peu de développement et de constance. Guy fera une belle saison à son guidon, toujours aux avants poste même si les fins de courses sont moins brillantes que le début. Parallèlement à cela, Guy continue de rouler en endurance et dans de bonnes conditions puisqu'une Honda officielle a remplacé la Japauto. Il remporte le bol d'or associé à Raymond Roche et Dominique Sarron. 

En 1984, faute de mieux, Guy continue en GP avec la 250 MBA vieillissante et avec brio en endurance chez Honda. En fin de saison, Honda annonce son retour en GP 250; les importateurs européens étant associés à ce retour avec un marchand de tabac pour financer la campagne, une ouverture intéressante s'ouvre à Guy chez Honda France pour 1985. Mais avant cela, il faut encore rouler au bol d'or. Et le bol se passe mal. Guy a des mots durs sur le rythme de ses deux coéquipiers Roche et Sarron, sur la moto... moto qu'il met par terre... il culbute la moto et Honda culbute son contrat... Les Honda 250 françaises ne seront pas pour Bertin.   

Photos Manfred Mothes 


Plus ou moins baladé pendant l'intersaison par MBA, Guy se retrouve à pied en 1985; à pied en GP mais pas en endurance. En effet, à la surprise générale, associé à Millet et Guichon, il remporte les 24 heures du Mans au guidon d'une Suzuki tout ce qu'il y a de plus privée !

En 1986, il fait une timide tentative de retour à mi saison au guidon d'une Rotax artisanale soutenu par les copains comme à ses débuts mais aussi avec un gros sponsor qui devrait lui permettre de rebondir avec brio en 1987. 

En 1987, le sponsor (Pavé d'Afinois) tient ses promesses et Guy est au départ avec une 250 Honda. malheureusement, en 250, le ton s'est durci, les motos d'usines sont nombreuses, ce ne sont plus des compé-client très améliorées, ce sont des vraies motos d'usine. Il devient donc quasiment impossible pour un privé de briller. Guy continuera encore de rouler en endurance avec les Japauto Honda, puis des Suzuki, puis... infatigable puisqu'il se classait encore 10ème du bol d'or 2003 avec un Honda National-Motos. Il participera aussi à la coupe Harley-Davidson, sera chef mécano en GP250 (notamment avec Adrien Morillas); responsable de l'assistance aux privés Honda sur un Paris Dakar...

Aujourd'hui, il s'occuperait avec Alain Cortot de reconstruire des 750 Honda répliques des Daytona de l'époque. Compte tenu de ses compétences tant en technique qu'en pilotage, ne doutons pas que ses motos sont bien montées et bien réglées!** Au GP de France 1979, Guy Bertin a gagné en 125 mais en plus, Patrick Fernandez a gagné en 350. 

VIDEO INTERVIEW GUY BERTIN
Journées Coyote 2021. Guy Bertin interviewé par Jean Claude Jacq. Montage Francis Boutet 
CLIP SUR GUY BERTIN
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