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Thierry Tchernine

Photos Philippe Folie Dupart et Francis Boutet

né le 14 mai 1944 - Décédé février 2010  

Tchern, le grand Tchern vient de serrer son moteur dans la grande ligne droite de la vie.

D'après différentes sources, Thierry Tchernine serait décédé dans son lit, dans la nuit du 21 février.

Le monde de la compétition moto des années 70 perd l'un de ses meilleurs pilotes. 

Tchern était dans la vie comme sur la piste ... gaz en grand et l'aiguille du compte tour toujours dans le rouge ... Au delà de l'homme et de sa vie agitée, il reste Tchern la "légende", Tchern le pilote fabuleux, Tchern le "baroudeur", Tchern le sanguin qui décide d'abandonner au Bol d'Or 1974 suite à différents problèmes mécanique, laissant son équipe et son coéquipier, Jean Paul Boinet, dans l'étonnement le plus complet. 

Aujourd'hui je pense à sa famille et à ses amis de la bande de Maison Alfort, Gilles Desheules, Philippe Vassard, Gilles Husson, Eric Fontaine...

Désirant réaliser un article sur la bande de Maison Alfort et sur le film l'agression, j'ai beaucoup entendu parlé de lui par ses potes ... il était devenu un familier et avec mon ami Jean Claude Jacq, nous voulions l'interviewer ... , ça ne sera pas possible ... il est parti se tirer la bourre avec Gérard Choukroun ... il nous reste des photos, des vidéos et le témoignage de ses amis, qui j'en suis sur ne manqueront pas de m'envoyer leurs souvenirs.Tchern tu resteras pour toujours un pilote de légende ...

Francis 

"Je m'appelle Thierry Marc Tchernine, je suis né le 14 mai 1944. Ceux d'entre vous qui s'intéressent un peu au sport motocycliste doivent me connaître, je suis l'un des plus anciens pilotes français actuellement en activité, ce qui me vaut d'être surnommé " le vieux " par mes jeunes camarades des circuits. Ainsi que vous pourrez vous en rendre compte je suis un parisien ; je suis né rue Lauriston dans le 16e arrondissement et cela ne veut pourtant pas dire que je sois d'une famille riche ou bourgeoise bien au contraire. Je mesure 1m73 pour 65 kg, un bon gabarit pour la moto. J'ai les cheveux bruns mais voilà plusieurs années déjà qu'ils sont grisonnants. Cela ajoute à mon charme et si je suis longtemps resté attaché aux joies du célibat, je me suis enfin laissé convaincre par les arguments d'une jeune fille blonde et " charpentée " telle que je les ai toujours aimées. Pour ce qui est de ma carrière, elle touche à sa fin. J'ai glané des titres en France, gagné le Bol d'Or en 73 avec Gérard Debrock, figuré parmi les meilleurs mondiaux dans la catégorie des 125. Je ne suis pas ambitieux ; j'aime voir les choses en face et je reste attaché à des valeurs qui peuvent aujourd'hui paraître bien désuètes. Ma moto préférée reste toujours la Velocette ; Paris, ma ville et la France, le pays où je me sens le mieux. En fait mes goûts sont très " rétro " puisque j'aime le vieux Rock n' Roll de Little Richard et que je crois que l'Amour existe."

Voilà le portrait dressé par Thierry lui-même lors d'une interview donnée pour le livre " Les Grands de la Moto " de Remi Fernandez et Michel Leblond, imprimé en juin 1975 aux éditions PAC. 

L'enfance. Thierry Tchernine est issu d'un milieu modeste. Son père est employé de bureau au Ministère des finances et sa mère ne travaille pas pour s'occuper du bébé Tchernine. Son père travaillant beaucoup pour joindre les deux bouts, Thierry ne voit pas beaucoup ce père qui est par ailleurs " trop gentil " de l'aveu même de Thierry. Alors il est plus dehors avec les copains, qu'à la maison à faire ses devoirs. Finalement ses parents décident de le mettre en pension (St Nicolas à Issy les Moulineaux). Thierry se retrouve donc à 8 ans dans un endroit "hostile" où il ne se sent pas heureux. Mais devant l'esprit "frondeur" du jeune Tchernine les curés abdiquent et prient les parents de Thierry de venir "récupérer" leur rejeton.Tout heureux il retrouve, les copains et la rue, même s'il doit fréquenter un autre établissement religieux le collège Saint Michel, qu'il fréquentera en tant que 1/2 pensionnaire. Il entrera ensuite dans un collège technique : Maximilien Perret à Vincennes, dans lequel ses parents veulent qu'il apprenne le métier de plombier. C'est là qu'il fréquente des bandes appelées à l'époque "blousons noirs" et avec lesquelles il commet quelques petits larcins qui lui vaudront quelques jours "à l'ombre". Mais il retiendra la leçon et finalement il obtiendra les deux CAP pour lesquels il s'était inscrit ; plomberie et couverture. 

La vie active : Il travaille comme métreur et à 16 ans a sa première moto, une 125 Motobécane Sport rouge et noire.
A 17 ans il aura sa 500 BSA et lorsqu'il sort de l'atelier il rejoint ses copains de Maison Alfort et de Charenton et sort le plus souvent avec son ami de toujours Desheules. A 18 ans il passe son permis voiture et à 19 ans après avoir passé un nouvel examen et obtenu un poste de commis de chantier il achète une superbe Frégate. Ensuite c'est le service militaire, dans la "coloniale" au Congo. Après ces 16 mois de dépaysement Thierry revient dans la vie civile avec les mêmes habitudes, le même métier et les mêmes copains.

Début de sa carrière : C'est dans son café habituel que Thierry rencontre celui qui allait lui faire découvrir le monde de la compétition : Guy Bertrand. Après avoir vu sa première course à Montlhéry, Thierry est emballé par les petites cylindrées et décide d'acheter une 125 Morini.
En France les têtes d'affiche de l'époque sont Vigreux, Barbaroux, Lhérault et Roca et les machines de course sont le plus souvent des motos de tourisme améliorées. En 1966, Thierry s'engage pour sa 1ere course, à Montlhéry sur sa 125 Morini, il terminera 2e. 

1969 Thierry passe Inter : Il coure cette année là sur 125 Maïco et s'engage avec brio dans les courses de côte. Les ténors de la catégorie sont Auréal et Lecureux qu'il bat à la régulière de nombreuses fois.
En fin d'année grâce aux responsables de la King's Motorcycle qui importe des Norton Gus Khun, il peut participer au Bol d'Or associé à Fougeray. Malgré de nombreux ennuis la N°72 termine 17e. 

1970 Thierry passe chez Yamaha : En effet Yamaha Sonauto propose aux pilotes privés des machines construites pour gagner, c'est ainsi que Thierry s'achète une superbe 250 TD2, avec laquelle Christian Bourgeois commence à faire parler de lui. Mais les résultats ne sont pas à la hauteur. Par contre Robert Leconte l'importateur de la marque Vélocette propose à Thierry de devenir pilote officiel pour la France. Il fera avec cette machine vieillissante une saison honorable. Il participe également au Bol d'Or, toujours sur une Gus Khun avec Fougeray mais abandonneront suite à différents ennuis mécaniques. 

1971 Vice Champion de France 125 et 250 : C'est avec sa 125 Maïco et une 250 Yamaha que Thierry est sacré vice champion de France dans les 2 catégories derrière Auréal en 125 et Bourgeois en 250.

1972 Champion de France 125 sur Yamaha. La même année il participe au Bol d'Or sur une Japauto. Associé à Christian Bourgeois ils abandonnent rapidement. En GP 125 il termine 5e en France.

1973 Vainqueur du Bol d'Or sur Japauto associé à Gérard Debrock qui avait déjà remporté l'épreuve en 1972.
En vitesse, Thierry est intégré à l'écurie "La Moto", avec 2 autres pilotes, André Kaci et Jean Paul Boinet et avec la "complicité" mécanique de l'ancien champion de France de kart et préparateur de Barbaroux, Jack Germain. A Rouen, Thierry réalise le meilleur temps aux essais devant le gratin français, Rougerie, Bourgeois, Kaci, Pons... et des étrangers comme Dodds, Mortimer et Grant. Mais au bout de 4 tours alors qu'il batailler en tête il s'arrête au stand pour un ressort de pot de détente cassé. Il reprend la piste mais la course est finie pour lui. Il fera un beau Grand Prix de France 125 puisqu'il termine sur le podium à la 3e place.
A noter également sa 3e place aux 1000 Km du Mans, sa 4e place au Trophée du Million et sa 4e place finale au Championnat de France F1 en 350 cc.

1974, l'année de la popularité. Avec sa personnalité de "titi parisien", Thierry est très populaire dans le grand public et avec la gente féminine. Avec son mécanicien préféré, Jack Germain, il participe à presque tous les grands prix 125 cc. Et avec une machine dépassée il termine 6e.
Le Bol d'Or de cette année 74 sera pour Thierry son plus mauvais souvenir. Associé à Boinet, mais toujours sur Japauto, furieux, il décide d'abandonner au bout de 4 heures de course, après avoir perdu beaucoup de temps suite à différentes erreurs de son stand.
Cette année là il sera quand même titré champion de France 250 cc.

1975, le mariage. A 31 ans, l'éternel célibataire se marie avec une jolie blonde de 21 ans, Christine.
Thierry par respect pour sa famille met fin à sa carrière. Il terminera 24e au mondial 125cc et 20e en 500cc. 

Palmarès

RangAnnéeMotoCatég.Résultats
201972YAM125 ccF 5 - B 9
121973YAM125 ccF 3 - B 6 - CS 9
441973YAM250 ccB 10
61974YAM125 ccF 4 - A 7 - NL 8 - CS 7 - YU 5
371974YAM250 ccCS 9
241975YAM125 ccYU 9
201975YAM500 ccA 10 - I 8 - B 9

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